Nous sortons tout juste de la troisième canicule en moins de deux mois, et de nombreux records ont été battus en juin : mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe de l’Ouest et juin le plus chaud jamais enregistré pour la température de l’océan mondial. Beaucoup d’entre nous se posent la question : comment la biodiversité subit ces évènements ?
La science sait certaines choses, mais ce savoir reste actuellement très limité, c’est pourquoi nous avons vraiment besoin de vous cet été !
Les canicules entrent dans la catégorie de ce que les scientifiques appellent les évènements climatiques extrêmes. Ces évènements climatiques extrêmes sont définis par leur nature exceptionnelle : des conditions climatiques (par ex. température ou sécheresse) rarissimes ou jamais observées dans les données historiques. Malheureusement, ces évènements sont désormais plus fréquents qu’auparavant (par ex., les canicules marines sont deux fois plus fréquentes), mais aussi beaucoup plus intenses, et les projections du GIEC alertent sur une sévère accentuation dans les prochaines décennies.
La science a déjà établi de nombreux effets négatifs des évènements climatiques extrêmes sur les individus, causant du stress physiologique pouvant être mortel et ayant des conséquences en cascade sur les écosystèmes. Certains organismes peuvent fuir le stress thermique pour survivre, comme les poissons qui se déplacent vers des eaux plus fraiches ou en profondeur. Cependant, pour tous les organismes fixés ou peu mobiles, comme nos chères algues et nos petits bigorneaux, ce n’est pas possible.
Que se passe-t-il dans ce cas ? Les réponses peuvent être très variables : perte d’énergie, échec de la reproduction, mortalité de masse, ou d’autres réponses métaboliques complexes. Par exemple, il a été montré que des poissons sédentaires ont tendance à plus se nourrir lors de canicules marines, pour compenser les pertes d’énergie, ce qui les rend plus vulnérables à la pêche. Il a aussi été montré que les oursins ne peuvent plus activer leur camouflage, ce qui les rend vulnérables aux prédateurs. Des mortalités extrêmes ont été observées lors des canicules du Pacifique ou de l’Australie entre 2011 et 2016 (algues, mollusques, échinodermes), certaines dues aux effets directs de la température sur les organismes, et d’autres dues à des effets indirects comme des épidémies de pathogènes qui profitent de la chaleur et des individus fragilisés.
Lors d’un évènement climatique extrême, tous les organismes en subissent les effets, et il faut ensuite un temps de récupération pour survivre. Cependant, quand ces évènements s’accumulent, comme les canicules cette année, les organismes n’ont pas le temps de récupérer et le risque est démultiplié, d’autant plus quand l’intensité atteint des niveaux records.
C’est donc une question qui nous inquiète et qu’on aimerait étudier avec vous : quel est l’effet de ces canicules qui s’accumulent, sur les algues brunes et les bigorneaux ? En réalisant des sorties BioLit en ce moment, vos observations pourront nous aider par deux mécanismes différents :
- d’abord, pour pouvoir quantifier les changements de manière statistique sur la base des relevés Algues brunes et bigorneaux. Plus on a d’observations après les canicules, plus on peut comprendre quelles en sont les conséquences.
- ensuite, parce que votre connaissance du terrain vous permet peut-être d’observer des choses que nous ne dénombrons pas dans le protocole. Vous pouvez nous alerter sur des changements inhabituels que vous notez sur vos estrans, grâce aux nouveau protocole qui vous offre la possibilité de fournir des observations libres. C’est le moment idéal pour noter des choses inhabituelles, qui constitueront autant de signaux pour tourner le projecteur scientifique vers des conséquences potentiellement inattendues de ces canicules.
Un grand merci pour votre participation, nous comptons sur vous !
Auteurs : Boris Leroy et Cam Ly Rintz pour l’équipe ESPOIRS
Crédit photo : C. Mebarki
